L'Oeuvre ignatienne d'Ignace de Loyola

Présente trois parties distinctes mais logiquement reliées entre elles. L'une relève d'une stratégie explicite, l'autre d'une stratégie implicite. Entre les deux, la troisième partie constitue une zone "mixte", relevant de l'une et de l'autre.

1°- Relèvent de la stratégie explicite, trois grandes initiatives d'Ignace de Loyola
(a) - Le Livret des Exercices spirituels : fruit de l'expérience existentielle d'Ignace, qui sut l'analyser, la synthétiser et la présenter méthodologiquement à tous ceux qui voudraient procèder à un examen d'eux-mêmes. Dans le but de se libérer de leurs imperfections et de leurs défauts et de pouvoir, en conséquence, mieux orienter leur vie et, pour certains, la consacrer au service de Dieu et des hommes. Ceci, dans une perspective d'abord pensée comme religieuse, mais adaptable à une pluralité de choix, d'options et de priorités à caractère personnel et circonstanciel - bien conduites, celles-ci étaient susceptibles de revêtir valeur et signification universelles.
(b) - La Compagnie de Jésus : conçue, fondée et même "instituée", selon l'idéal et les objectifs d'Ignace, à la suite du Christ et en obéissance à Lui et à l'Eglise. Pour s'accomplir et progresser, cette institution comporta la mise en oeuvre d'oeuvres éducatives, qu'elles soient charitables, intellectuelles ou pédagogiques, mais toutes aptes à viser le culturel au sens large du terme mais aussi un nouvel humanisme et une évangélisation des sociétés, avec ses implications stratégiques et sociopolitiques, proches et lointaines.
(c) - Les missions et les travaux de préparation et d'accompagnement de celles-ci :
Cette fin d'évangélisation, interne mais à externaliser, dut s'accompagner de travaux de préparation et d'études (tôt envisagés), immédiatement perçus par Ignace comme importants et nécessaires pour mettre en oeuvre les Exercices, en vue du nouvel humanisme et de son universalisation - ce qui ferait progresser, par la suite, les bases et les moyens de ce qui deviendrait une "acculturation", avec sa diversité et ses exigences.

2°- Releve de la stratégie implicite, "l'illumination" reçue par Ignace en 1521-1522, et tout ce qui en résulta pour lui comme dialogue divino-humain et humano-divin.

3°- La zone médiane ou intermédiaire entre les deux précédentes : relevant conjointement, mais partiellemnt et inégalement, de l'implicite et se manifestant dans l'explicite, une zone apparaît vraiment comme un "mixte" du message et de l'apport ignaciens.

A commencer par les Constitutions de la Compagnie de Jésus. Soigneusement conçues, élaborées et mises au point par Ignace, dès l'origine de sa fondation, elles furent d'emblée destinées à donner à son groupe un maximum de qualité et d'efficacité. Pour cela, elles tendirent à formuler rigoureusement ce qui - une fois mis en oeuvre - constituerait "de l'explicite" et "de l'explicité". Mais elles relevèrent aussi - pour partie au premier et pour partie au second degré- de l'implicite ignacien.

Dans la même "zone" intermèdiaire, se situe la volumineuse Correspondance d'Ignace. D'abord, en direction des siens : isolés, dispersés et souvent éloignés les uns des autres, ainsi que de leur Père et Maître. Mais aussi en direction de la multitude des interlocuteurs qu'eut le fondateur des jésuites et de la diversité des questions et des problèmes, dont il eut à connaître et à s'occuper, à plus d'un titre.

Enfin, dans cette même zone intermédaire, prend la troisième place en importance et la dernière historiquement (de 1553 à 1555) le Récit, dit autobiographique ou testamentaire. Il était réclamé depuis plusieurs années, par ses proches compagnons, afin qu'Ignace leur dise "comment le Seigneur l'avait conduit depuis sa conversion." . C'est un autre chef d'oeuvre ignatien "mixant" l'implicite et l'explicite.

A partir de ces trois parties de l'oeuvre et du message ignatien, et aux trois points de vue qu'il comportent et entrelacent, c'est cet Ignace méconnu et inédit - Seul contre tous...et pour tous! - que mes livres ont essayé de faire émerger et "sentir". Non comme autant de reproches et de regrets vis à vis de ce qui avait manqué jusqu'ici. Mais comme contribution à la détection de tout ce qui nous reste à découvrir en Ignace. Pour en obtenir, à notre intention, indications, exemples et signes susceptibles d'être bénéfiques aux hommes et aux populations de tous âges et de tous les temps, de toutes philosophies, cultures et civilisations - et même de toute orientation ou propension humaniste. Pour que tous puissent s'écouter et se connaître eux-mêmes et, alors, s'ouvrir personnellement à leur destinée et, par là, à l'éventail des relations qui les relient et qui les unissent, bien plus qu'ils ne le pensent. En l'univers qui les porte et les stimule et dans l'universel qui les devance, les habite et les appelle, tout à la fois.
C'est ce que montre l'Universel Ignace de Loyola! que voici.